17 mai 2007

Dominique Strauss-Kahn devant le Conseil national du PS, samedi 12 mai 2007 : "5 ans, ça suffit !"

Sgecox85120507053146photo00Voici le texte de l'intervention de DSK devant le Conseil national du Parti socialiste du samedi 12 mai 2007 :

Mes camarades, dès dimanche soir, j’ai parlé de défaite, certains ont crié au scandale, je crois qu’ils ont tort, je crois que nous avons intérêt à dire la vérité et à faire comprendre aux Français que nous sommes capables de regarder la vérité en face. Certains y ont vu une attaque contre Ségolène Royal, tant on aime opposer les socialistes les uns aux autres.

Il paraît que j’avais un visage dur, oui, j’avais un visage dur, pas contre notre candidate, Ségolène Royal, j’ai fait sa campagne, j’ai fait acclamer son nom par des dizaines de milliers de gens venus dans les meetings, et je suis fier de l’avoir fait, donc ne nous donnons pas des leçons les uns aux autres, mais j’avais un visage dur parce qu’il y a de la dureté dans la douleur de la défaite, pas dans la dureté dans une quelconque médiocre vengeance des uns par rapport aux autres.

Donc je ne veux pas qu’il y ait de méprise entre nous, ni réelle, ni a fortiori feinte.

Sur le fond, je persiste. Nous avons vécu une élection présidentielle qui nous conduit à un résultat qui, malheureusement, est incontestable, c’est quand même la troisième défaite présidentielle que nous enregistrons, un résultat qui, je crois, était évitable, parce que sinon, les uns et les autres qui avons passé notre temps sur les tribunes vis-à-vis des camarades et vis-à-vis des électeurs, à leur dire qu’on pouvait gagner, on a raconté des histoires, et si on n’a pas raconté des histoires, c’est bien qu’on pensait, et moi je le pensais, comme vous, qu’on pouvait gagner, donc c’est bien que c’était évitable, et que je crois grave, parce que cela a été dit devant moi, je ne suis pas long là-dessus, la victoire de Nicolas Sarkozy, ce n’est pas seulement la victoire de la droite, c’est la victoire d’une droite qui veut implanter en France un modèle de société différent. Ce n’est pas la bonne vieille droite telle qu’on la connaissait, et les épisodes nautiques de ces derniers jours ont bien montré quand même que c’était une droite modèle américain, on peut appeler cela comme on veut entre nous, mais on se comprend bien, une droite où la seule référence dans la société, c’est le fait de gagner de l’argent et où on est décomplexé vis-à-vis de cela, c’est bien cette droite-là que Nicolas Sarkozy veut mettre en place. On l’a vu, dans un épisode sans doute maladroit, en termes de communication, pour lui, dans son histoire de bateau, mais on va le voir tout le temps, toutes les semaines, tous les mois à l’Assemblée sur tous les textes. C’est cette société-là qu’il met en place, et donc cette victoire, pour nous, et pour ceux que nous représentons, pour ceux qui souffrent, c’est une victoire qui est grave.

Alors les causes ? Est-ce que c’est le moment ? J’entends bien tout le monde qui dit : est-ce que c’est le moment de discuter sur les causes ? Parce qu’on a les copains, tous, qui sont dans le combat législatif. Et d’un autre côté, c’est parce qu’il y a le combat législatif que je crois qu’on ne peut pas faire semblant de ne pas regarder les causes. Quelqu’un a dit tout à l’heure : ce ne peut pas être le troisième tour de la présidentielle. Oui, c’est le troisième tour de la présidentielle, il aura exactement les mêmes conséquences que les deux premiers.
Si on veut avoir une petite chance de l’emporter, en tout cas de résister, il faut qu’on soit capable de dire aux Français qu’on a entendu ce qu’ils ont dit à l’occasion de ces deux premiers tours.
Alors la campagne, je veux bien, on a sûrement fait des erreurs de campagne, sinon on aurait gagné, mais ça, pour le coup, on verra, on a le temps d’en reparler. En revanche, je crois que cette défaite a quand même des racines qui sont profondes, et ces racines qui sont profondes, c’est que nous nous sommes éloignés du réel. Éloignés du réel, cela veut dire quoi ? Ça veut dire que sur un ensemble de sujets, on n’a pas apporté aux Français une réponse qui était audible.
On pourrait prendre mille exemples. Sur les retraites, le débat entre nous n’a jamais été tellement tranché, qui fait qu’on se retrouve avec un programme du parti d’un côté, une candidate de l’autre, incapable de dire, ce n’est peut-être pas l’avis de chacun d’entre vous ici, en tout cas c’est le mien : 37,5 années, ce serait souhaitable, malheureusement, dans la société qui est devant nous, ce n’est pas possible, et donc il faut l’assumer. Si on n’assume pas ça, on a un discours qui n’est absolument pas audible.
On pourrait dire la même chose sur le nucléaire. On est un peu comme ci on est un peu comme ça, et on met la candidate et tous ceux qui l’ont soutenue, tous ceux sur le terrain quand on s’est battu, dans des positions intenables, où on dit, pour des raisons qui sont liées à l’effet de serre, on pense que finalement, le nucléaire est une bonne position, c’est ma position, même s’il faut développer autant que faire se peut les énergies renouvelables, ou on dit le contraire, mais on n’est pas entre deux. Et quand on est entre deux sur trop de sujets, il y en a plein d’autres que ceux-là, on s’éloigne petit à petit de la réalité. Je crois que cet éloignement de la réalité fait que, effectivement, il faut revenir à un socialisme du réel.
Quand j’entendais tout à l’heure Benoît parler de révolution culturelle, je crois qu’il a raison. Le socialisme du réel, ce n’est pas un socialisme purement concret où on apporte seulement des réponses concrètes, l’idéologie y a évidemment sa part, mais c’est bien une idéologie qui se pose un minimum de révolution dans notre manière de regarder les choses.
Moi, je l’ai rencontré ton ouvrier, Benoît, celui qui nous disait : 1 500 euros, c’est bien, mais avec 1 500 euros, le patron ne va-t-il pas débaucher ? Je ne dis pas qu’il a raison de dire cela, je dis qu’il dit cela. Donc nous, parce qu’on a laissé s’insuffler cette idée-là, on a perdu une bataille culturelle, et c’est celle-là qu’il faut regagner, mais la regagner en ayant les pieds ancrés dans la réalité, pas dans le monde tel qu’on le voudrait, dans la réalité du pays telle qu’elle est aujourd’hui.
Parce que sinon, sinon les élections qui vont venir, je ne parle pas que des législatives, elles seront les mêmes.

François, la droite a fait la jonction entre la droite et l’extrême-droite, c’est vrai, mais ce n’est pas ça le sujet principal, ce n’est pas ça qui explique notre faiblesse de la gauche au premier tour. Ça explique la composition des votes de la droite au premier tour, mais pas la faiblesse de la gauche. C’est bien la faiblesse de la gauche au premier tour qui doit être notre problème.
Donc la réponse qu’on doit apporter, je crois qu’elle doit aller profondément dans la refonte de la façon dont nous nous représentons, où nous exprimons des positions idéologiques, et ensuite programmatiques qui peuvent être plus en phase avec ce que la société pense aujourd’hui.
Alors, on a des législatives. Je suis d’accord avec Claude Bartolone : on ne peut pas aller aux législatives en ne disant pas qu’on y va pour les gagner, qu’on dise que la probabilité de les gagner n’est pas immense, ça s’est sûr, mais on ne peut pas aller et mener le combat politique pour participer.
Les arguments, tout le monde les connaît, c’est l’équilibre à l’Assemblée nationale, c’est combattre la politique de Nicolas Sarkozy, c’est pointer les contradictions, c’est dénoncer les injustices. On connaît tout cela par cœur. Et l’exemple, la liste que faisait Barto tout à l’heure sur, s’il y a un groupe à l’Assemblée qui est massif, cela permet de combattre, et sinon ce n’est pas le cas, la liste d’exemples est juste.
Mais il faut aller à ces législatives en faisant comprendre aux Français que ce qu’ils nous ont dit le 22 avril et le 6 mai, ça a un écho chez nous. Sinon, on continue d’être à côté, et en même temps, il faut que nous, on soit capable de commencer la reconstruction.
Pour moi, il y a deux mots d’ordre dans cette reconstruction simples. Le premier, c’est le collectif. J’ai entendu dire qu’on voulait mettre en place des comités Théodule nouveaux, on a des instances, on a un bureau national. Que le bureau national du Parti socialiste refasse de la politique, et qu’on y gère et qu’on y tranche des questions politiques. Tout le monde y est représenté largement, que cela serve à quelque chose. On n’a pas besoin de créer pour un mois de campagne des structures nouvelles.
Le collectif, et puis le renouvellement. Eh oui ! Là aussi, Benoît, je suis désolé, mais Benoît, je suis désolé d’être toujours d’accord avec lui, mais Benoît a raison. Qu’à droite, sur les écrans de télévision, dans les débats, les soirs du premier tour et du deuxième tour, il y a des hommes et des femmes qui ont de l’expérience politique et qu’on voit depuis un certain temps, c’est bien normal, mais il y en avait aussi d’autres, et pas chez nous. Donc ce renouvellement-là, de générations, de couleurs et tout ce qu’on veut, d’origines, il ne faut pas simplement qu’on en parle, il faut que les Français le voient. Et si les Français ne le voient jamais, on reste un parti de vieux croûtons.
Donc, au bout du compte, il faut quand même qu’on soit capable de mettre en œuvre, cela vaut pour moi comme cela vaut pour les autres bien sûr, évidemment… L’exemplarité, Ségolène Royal parlait tout à l’heure de la politique par la preuve, exactement, l’exemplarité, elle doit exister à tous les niveaux. Je ne dis pas qu’elle a pris cette précaution de dire que la droite n’avait que des trentenaires, elle en a gardé quelques-uns, mais néanmoins, il y avait. Et si, dans cinq ans, quand on sera au bout du mandat de Nicolas Sarkozy, dont j’espère qu’il sera le mandat unique, mais ce n’est pas garanti, ceux qu’on veut mettre en avant doivent avoir acquis un peu de notoriété auprès des Français et avoir une quarantaine d’années à l’époque, il faut qu’on les prenne aujourd’hui à trente-cinq ans et qu’on commence à les promouvoir. Si on ne le fait pas, on n’aura pas ensuite les hommes et les femmes dont on aura besoin à l’arrivée.

Je finis d’un mot : il y a évidemment un scénario noir. Il ne faut pas faire semblant de ne pas l’avoir à l’esprit, chacun d’entre nous le redoute, veut le rejeter, sait que nous sommes capables de le rejeter, mais c’est qu’il existe le scénario noir. Le scénario noir, c’est un scénario où le Parti, petit à petit, devient la SFIO, grande puissance locale, grande impuissance nationale, et où finalement, se replient les uns et les autres sur ce qu’on fait fonctionner : les régions, les départements, les villes, et on trouve que ce n’est pas si mal. C’est trop compliqué de gérer les problèmes centraux, il y a trop de difficultés, trop de contradictions, on va laisser la droite le faire. Et on laisse la droite le faire une fois, deux fois, trois fois, et puis jamais, on ne retrouve le pouvoir national. Les Britanniques, ça leur a pris vingt-trois ans avant d’arriver à mettre Thatcher et Major dehors. Ce risque-là, il existe, c’est un PS qui devient petit à petit la SFIO, et une SFIO qui petit à petit devient ce qu’est le PC, c’est-à-dire une grande culture, une grande histoire, une grande référence, mais un astre mort dans la politique. Et cela, aucun de ceux qui sont ici n’en veut évidemment.

Évidemment, en face, il y a un scénario rose, il faut le mettre en œuvre, c’est le scénario où on est capable de moderniser ce qu’on fait. Alors, on ne va pas se battre sur la terminologie : rénover, moderniser, renouveler, on peut tous se gausser et faire des jeux de mot en disant qu’on entend parler de modernisation depuis 1986, de rénovation depuis je ne sais quand, tout ça, c’est vrai, mais on sait bien de quoi on parle quand même ; où on est capable de faire que ça bouge, ou bien on reste dans notre petit train-train quotidien, et finalement, rien ne change.
Si on est capable de faire que ça bouge, alors oui, alors l’ambition d’avoir un Parti socialiste qui prend sur sa gauche, fait qu’ils veulent finalement que les choses bougent et qui savent que, pour ça, il y a besoin d’un parti ; et sur sa droite, ceux qui sont au centre gauche et qui verront bien dans l’aventure malheureuse de ce François Bayrou, qui n’a aucune issue évidemment, si on est capable de rassembler tout ça, alors l’hypothèse d’avoir un Parti socialiste au-dessus des 30 %, d’avoir comme objectif un tiers, ce qui est la situation de tous les grands partis socio-démocrates en Europe, ce scénario rose-là, il est possible. Et moi, je voudrais que ce soit à ça qu’on se consacre, bien sûr dans les semaines qui viennent, la bataille des législatives, moi comme les autres, on sera disponible pour aller dans la mesure du temps qui existe, défendre les copains un peu partout, là où on peut aider à gagner des circonscriptions, mais au-delà de la bataille des législatives, on ne peut pas s’endormir. Si on s’endort, c’est un sommeil grave qui risque de nous toucher. On se réveillera trop tard, et dans cinq ans, on verra l’autre, le président de la République qui n’est pas manchot, chacun le reconnaît, avoir utilisé tous les moyens du pouvoir d’État qu’il a aujourd’hui en main pour faire que sa réélection puisse être assurée, et ce ne sera pas cinq ans, mais ce sera dix ans de droite, et Dieu sait ce qui se passe après. Et moi je ne veux pas que mon parti, mon pays acceptent l’idée qu’on va être pendant dix ans dans l’opposition. On y est pour cinq ans, peut-être même pas, on y est pour cinq ans par rapport à l’Élysée, peut-être même pas par rapport à l’Assemblée nationale. On doit mener ce combat, et si d’aventure, on devait ne pas gagner l’élection législative et qu’on soit effectivement pour cinq ans dans l’opposition, ces cinq ans, ça suffit !
Et moi, ce à quoi je vous invite, c’est qu’on soit capable à suffisamment remettre à plat l’ensemble de ce qui constitue ce qu’on dit, l’ensemble de ce qui fait nos pratiques, et l’ensemble de ceux qui nous représentent pour qu’on se mette en situation de fournir à la France la gauche pendant cinq ans.

Posté par sdj62 à 22:30 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur Dominique Strauss-Kahn devant le Conseil national du PS, samedi 12 mai 2007 : "5 ans, ça suffit !"

    Pour une équipe vraiment cohérente et forte

    Ce discours est trè bon et parfaitement clair. Certains, qui se sont beaucoup investis dans la campagne et voulaient la victoire de la gauche, ont transformé progressivement le parti en une secte dont le gourou ne saurait être critiqué. La candidate a eu toujours raison, elle ne peut s'être trompé. Du coup, elle démultiplie les procès d'intention et les défausses. Il faut au contraire être clair, accepter la défaite et en comprendre les raisons. L'analyse de DSK semble à ce titre parfaitement justifiée. Mais l'on peut rajouter que globalement, c'est aussi le manque de cohérence qui n'a pas séduit face à la droite.

    Posté par sdj75, 31 mai 2007 à 02:20 | | Répondre
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